Emmanuel Le Ray (Rennes, 1859-1936), dans l’intimité de l’architecte

Diplômé de l’École des beaux-arts de Paris en 1890, Emmanuel Le Ray succède en 1895 à Jean-Baptiste Martenot comme architecte de la ville de Rennes. Durant ce mandat qui courra jusqu’en 1932, ses réalisations seront nombreuses, parmi lesquels des édifices publics comme la piscine Saint-Georges, les halles centrales, l’École de médecine et de pharmacie, la salle de la Cité ou bien encore la basilique Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.

Au-delà de sa carrière professionnelle, bien connue, le fonds du musée de Bretagne dévoile un peu du jardin secret de l’homme. Témoins de ses moments de vie privée, ces objets, photographies et croquis à l’aquarelle révèlent en effet une facette plus intime d’Emmanuel Le Ray.

CROQUIS ET AQUARELLES

Formé à l’art du croquis à l’École des beaux-arts et rompu à l’exécution de projets et de plans pour son travail, Emmanuel Le Ray s’évade dans ses moments de loisirs en réalisant de nombreuses aquarelles d’après nature qui témoignent de son goût pour l’observation des paysages. Il puise largement son inspiration lors de séjours dans le Golfe du Morbihan, mais aussi ailleurs en Bretagne, en France et à l’étranger.

C’est dans la seconde moitié du 19e siècle que la pratique de l’aquarelle en plein air se développe en France, sous l’impulsion des peintres impressionnistes qui apprécient sa transparence pour traduire les vibrations subtiles de la lumière naturelle.

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Boîte de peinture – CC0 – Cliché A. Amet, collection musée de Bretagne

Son essor est aussi favorisé par l’apparition de couleurs déjà prêtes et l’évolution du matériel portatif de peintre. Cette petite boîte métallique de fabrication anglaise contient vingt-quatre godets encore maculés de peinture séchée. Emmanuel Le Ray l’a marquée de son nom à l’intérieur, précisant son statut d’élève à l’École des Beaux-Arts et son adresse – 44 Rue Monge -, ce qui permet de dater l’objet d’avant 1890.

 

Le bord de mer

Dans les nombreuses aquarelles de paysages côtiers peints par Emmanuel Le Ray, la mer n’est jamais tout à fait dominante ; le peintre accorde une part d’égale importance au ciel, aux rochers, aux arbres tortueux et à la végétation des côtes. De même qu’au mouvement de la mer Le Ray préfère décrire celui des nuages, il préfère généralement à la représentation humaine celle d’embarcations qui suggèrent discrètement sa présence.

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Paysage côtier, Emmanuel Le Ray, 1905 – Marque du domaine public – Collection musée de Bretagne

Les terres

 Avec les paysages côtiers, les arbres et les sous-bois sont l’autre sujet de prédilection d’Emmanuel Le Ray. Il se plaît à définir les troncs, les écorces, les frondaisons et, au sol, les fougères ou les mousses sur les roches. S’il peint plus occasionnellement l’intérieur des terres, il consacre toutefois une petite série aux mégalithes de Carnac, dont la monumentalité minérale prend le pas sur l’environnement végétal, à l’inverse de ses autres représentations.

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Sous-bois, Emmanuel Le Ray, début 20e siècle – Marque du domaine public – Collection musée de Bretagne

L’Algérie

 Divers petits croquis et dessins réunis en un carnet retracent un séjour en Algérie. À la différence de ses autres aquarelles, Emmanuel Le Ray y donne une vision très vivante et anecdotique du pays. Certes, l’architecte représente des sites archéologiques et des paysages, mais ses vues sont toujours animées de personnages et parfois d’animaux. Certains croquis font même abstraction du décor pour se concentrer sur des scènes de vie ; ils sont comme des instantanés, des petits épisodes pris sur le vif et restitués dans un style non dénué d’une certaine naïveté qui, en définitive, leur donne aussi la fraîcheur d’une bande dessinée.

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Carnet de croquis d’Algérie, Emmanuel Le Ray, 1933 – Marque du domaine public – Collection musée de Bretagne

 

PHOTOGRAPHIES

Un album relié composé d’une cinquantaine de photographies constitue un intéressant témoignage, à la fois des centres d’intérêt d’Emmanuel Le Ray et de la Bretagne au tout début du XXe siècle. Dans ces souvenirs de lieux qu’il a parcourus, on retrouve son goût pour les paysages (vallée de la Rance, côte d’Émeraude, chaos granitique du Huelgoat…), son intérêt pour les monuments (ses propres réalisations à Rennes, la chapelle Sainte-Barbe et les halles du Faouët, Sainte-Anne-d’Auray…), mais aussi pour les habitants des pays traversés.

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Album de photographies, vers 1903 – Marque du domaine public – Collection musée de Bretagne

Les photographies ci-dessus sont les premières de l’album. Celle de gauche porte la dédicace « Souvenir sympathique au cicérone d’un très agréable voyage, avril 1903 ». On y voit Emmanuel Le Ray passager d’une Peugeot Type 56, un tonneau automobile à quatre places fabriqué de 1903 à 1905 en seulement seize exemplaires. Sa vitesse maximale était de quarante kilomètres/heure. La photographie de droite date également de 1903, elle immortalise trois des quatre enfants d’Emmanuel Le Ray et de son épouse, Céline Le Mauff : Louise, née en 1892, Suzanne en 1894 et André en 1896. Ce dernier décédera à l’âge de 8 ans d’une méningite foudroyante. Puis viendra Jeanne, en 1905.

 

MOBILIER

Le musée de Bretagne conserve le bureau d’Emmanuel Le Ray et une bibliothèque dessinée par lui pour sa fille Suzanne. D’apparence massive et sobre, le bureau ne présente aucun élément superflu ou décoratif. De caractère fonctionnaliste et moderniste, il affiche des formes simples et strictes qui suggèrent des valeurs d’ordre et de travail. Il en va autrement de la bibliothèque qui, sous une allure simple et pratique, n’en est pas moins discrètement ornementale. Sa rigueur symétrique est en effet adoucie par des lignes arrondies et les motifs ajourés sur la traverse supérieure et les montants latéraux. Les plans dessinés de ces ornementations alliant géométrie et décor végétal, d’inspiration Art Déco, font également partie des collections du musée.

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