Une acquisition exceptionnelle : des photographies primitives de Louis Robert

Les collections photographiques du musée de Bretagne constituées dès le 19e siècle et considérablement enrichies à partir du début des années 1970 – démarche tout à fait pionnière à l’époque – comportent aujourd’hui près de 500 000 items, négatifs et épreuves confondus. De nombreux fonds de studios photographiques ont été acquis au fil des ans sur différentes communes de Bretagne, constituant ainsi un panorama de la région sur près de 150 ans, croisant paysages, scènes de la vie quotidienne et portraits d’habitants. Les photographies primitives, ou celles produites au cours des années 1860-1870, sont venues enrichir les fonds à partir des années 1990 essentiellement, elles étaient et demeurent rares pour la Bretagne.

Considéré comme l’un des photographes majeurs dans l’essor de la photographie primitive, Gustave Le Gray est représenté dans les collections du musée par quelques épreuves.

Batterie de la pointe de Brest, Gustave Le Gray, 1858 – Marque du domaine public – Collection musée de Bretagne, Brest

Plusieurs daguerréotypes permettent également d’évoquer la présence de la photographie en Bretagne pendant les années 1850. Enfin, une très belle série d’images de John Mounteney Jephson (1819-1865) et Henry Taylor réalisée en 1858 complète le panorama du fonds du musée de Bretagne pour cette époque des débuts de la photographie.  

Arc de triomphe, John Mounteney Jephson et Henry Taylor, Pontivy, 1858 – Marque du domaine public – Collection musée de Bretagne, Rennes

Louis Robert est né à Paris en 1810, ses parents travaillent tous les deux à la manufacture nationale de Sèvres, où il grandit, et qu’il photographiera à de nombreuses reprises.  Suivant la voie de son père, Pierre-Rémy Robert, chimiste, il se forme à la chimie et exerce successivement différentes fonctions au sein de la manufacture. En 1832, il lui succède en tant que directeur de la peinture sur verre puis, en 1848, il devient chef des ateliers de peinture et de dorure.   Il semble que son intérêt pour la photographie se situe à partir de 1848, époque d’insurrection et par là même d’inactivité à la manufacture. Ses premiers travaux photographiques sont des portraits calotypes – procédé permettant d’obtenir un négatif papier. Louis Robert prend pour modèle sa famille – sa fille Henriette se prête souvent au jeu de mises en scène en extérieur -, son cercle proche dont son ami le Comte Olympe Aguado, et les artisans de la manufacture posant sur leur lieu de travail. Le chimiste-photographe s’essaie également aux paysages et vues d’architecture, et réalise ses propres autoportraits aux poses que l’on pourrait qualifier de « modernes ».   En 1852, Victor Regnault prend la direction de la manufacture et sous son impulsion l’activité photographique de Louis Robert s’intensifie. Un atelier dédié y est installé pour promouvoir la production des objets de la manufacture. Louis Robert poursuit ses recherches : d’expérimentations sur différents papiers cirés ou encollés, en perfectionnements techniques, il met au point le châssis multiple pour ses essais de prises de vues. Ce châssis permet de charger 15 à 20 feuilles dans sa chambre noire de grand format et accroître sa mobilité.  En 1853, l’imprimeur Blanquart-Evrard édite l’album Souvenirs de Versailles constitué de treize planches, d’après la série de calotypes réalisés par Louis Robert. Il s’initie également au procédé du négatif sur verre afin de réaliser des supports publicitaires dans le laboratoire de la manufacture. Au cours de l’année 1855, il est l’un des fondateurs de la SFP (Société française de photographie) dont il devient membre le 20 avril.

A la fois chercheur, scientifique et artiste, Louis Robert est aujourd’hui reconnu comme un représentant essentiel de la photographie primitive française. En 1852-1853, Louis Robert effectue un voyage en Bretagne, il en rapporte une série de calotypes qui serviront de base à des lithographies exécutées par Émile Van Marcke, son gendre, pour l’illustration d’un atlas publié en 1855.

Les neuf photographies acquises par le musée de Bretagne font partie des travaux réalisés pendant ce voyage. Bien que la Bretagne n’ait pas figuré parmi les régions explorées par la Mission héliographique, le reportage de Louis Robert s’inscrit exactement dans les thématiques de cette dernière, mettant en valeur des monuments remarquables.

Cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier, Louis Robert, négatif sur papier ciré, 1852-1853 – Marque du domaine public – Collection musée de Bretagne, Rennes

Ce sont donc avant tout des monuments d’architecture religieuse qui ont retenu l’attention de Robert, mais pas uniquement puisque l’on connait aussi une vue intitulée Route de Lamballe, qui évoque plus simplement une entrée de village. Il n’a pas manqué non plus de photographier des éléments architecturaux particuliers à la région, comme le calvaire et l’ossuaire de Plougonven.

Cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier, Louis Robert, négatif sur papier ciré, 1852-1853 – Marque du domaine public – Collection musée de Bretagne, Rennes

Plusieurs de ces photographies ont été publiées dans Anciens Évêchés de Bretagne histoire et monuments » publié en 1855, dont celle figurant le chevet de la cathédrale de Saint-Brieuc; la lithographie réalisée à partir de cette épreuve  a été complétée par la présence ajoutée au crayon, de petits personnages, rendant l’image moins statique.

La déclinaison de la photographie en lithographie est caractéristique de ces périodes : plusieurs daguerréotypes du musée ont également été diffusés et publiés par ce biais, première vulgarisation de la photographie par l’intermédiaire de livres ou  de revues. Il est à noter que plusieurs de ces lithographies sont associées aux épreuves ou négatifs correspondants lors de la vente. Ces photographies constituent un exemple rare de la présence des photographes primitifs en Bretagne, elles complètent une collection qui mérite d’être enrichie pour ces périodes.      

Laurence Prod’homme.

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