« J’y crois, j’y crois pas », l’exposition : invitation à l’introspection et sujet tabou

Le musée de Bretagne, en tant que musée de société, s’est fixé pour objectif de faire ressortir la complexité des situations historiques et actuelles, de « montrer sans démontrer » (1). En 2017-2018, il a  adapté l’exposition Bonne fortune et mauvais sort consacrée à la magie et à la sorcellerie par l’abbaye de Daoulas en 2016 (2), une des nombreuses expositions portant sur ce thème (voir encadré). Sous le titre J’y crois, j’y crois pas. le musée a resserré le propos autour d’histoires et d’objets bretons et de la dimension actuelle du phénomène.

Visuel de l’exposition J’y crois, j’y crois pas – © Mediapilote

Un sujet populaire et sensible abordé sous l’angle anthropologique

La fréquentation de J’y crois, j’y crois pas témoigne, avec près de 50 000 visiteurs accueillis en 5 mois, de l’intérêt des visiteurs pour cette thématique.

L’exposition aborde la magie et la sorcellerie sous l’angle régional dans une double perspective : d’abord, celle de leurs représentations dans la société, au plus tard dans la deuxième moitié du XIXe siècle ; puis celle des pratiques contemporaines, au cœur de notre questionnement.

On peut compter les pratiques magiques contemporaines parmi les sujets « sensibles », au sens où le définissent Pauline Grison et Daniel Jacobi (2011) pour les expositions scientifiques et techniques. Selon eux, la question sensible désigne « un thème scientifique et/ou technique qui est l’objet de débat dans la société, convoque les systèmes de valeurs ou de croyance, et pour lequel le consensus, difficile à établir, demeure toujours provisoire » (Grison et Jacobi, 2011), à l’image des organismes génétiquement modifiées (OGM) ou de l’énergie nucléaire. Comme l’a souligné Céline Calif à propos du fait religieux, « les questions sensibles peuvent également concerner des sujets tabous (…) qui touchent eux aussi les individus, leurs valeurs, leurs représentations » (Calif, 2012).

Choisir d’exposer un sujet sensible, tabou, c’est donc prendre le risque de toucher les individus, leurs valeurs, leurs croyances. C’est pourquoi les questions sensibles « demandent de la part des concepteurs d’exposition beaucoup de précautions et une clarification de leur propre position et de celle de l’institution » (Grison et Jacobi, 2011).

Quelle position adopte le musée de Bretagne dans l’exposition J’y crois, j’y crois pas ?

Montrer : la reconnaissance d’une existence des représentations et des pratiques…

Par l’exposition d’objets tangibles et de témoignages audiovisuels incarnant les pratiques magiques proches dans le temps et l’espace, le musée reconnaît l’existence de pratiques contemporaines.

Les objets et les témoignages en questions ont été collectés par des ethnologues et font majoritairement partie de collections muséales (3). Mariannick Jadé a souligné la nécessité de la « matière » pour la conservation du patrimoine immatériel, et ajouté qu’en dehors de toute considération patrimoniale, « l’immatériel a nécessairement besoin d’une existence physique pour s’imprégner dans notre réalité consciente » (Jadé, 2004).

En conservant et en exposant, le musée apporte par l’objet une validation scientifique, mais aussi la preuve « nécessaire » de l’existence de pratiques contemporaines. En même temps qu’il donne à voir ces objets et ces témoignages et en fait un sujet d’intérêt, il place le visiteur au centre du dispositif d’interprétation en l’invitant au questionnement : «  Quelle place faisons-nous dans notre société à ce que les esprits dits cartésiens appellent l’irrationnel et qui relève d’une autre culture que la culture scientifique dominante ? » interroge le panneau introductif de l’exposition.

Exposition J’y crois j’y crois pas, musée de Bretagne, 2018 – CC BY SA – Cliché A. Amet, photothèque musée de Bretagne

… Sans démontrer : placer le visiteur au centre de l’interprétation

La visite d’exposition peut-elle former et transformer l’opinion ou les croyances ? Elsa Kassardjian a interrogé les facteurs de renforcement et de changement d’opinions (combinaison de connaissances, d’informations et d’émotions) sur les OGM dans la réception d’une exposition de la Cité des Sciences et de l’Industrie, Production alimentaire (octobre 2000). Elle a observé que l’état d’esprit des visiteurs était un facteur déterminant : ceux qui avaient des certitudes avant d’entrer voyaient leurs opinions renforcées, là où ceux venus avec l’esprit ouvert et des questions avaient pu changer d’opinion. Selon elle, deux éléments ont accentué ce résultat : l’exposition n’interrogeait pas directement l’opinion des visiteurs, et les multiples entrées du parcours ne favorisaient pas son approche dans un ordre établi (Kassardjian, 2002).

Cet exemple mérite ici d’être cité car l’exposition du musée de Bretagne propose l’inverse : son parcours est linéaire et elle interroge explicitement les visiteurs. Elle réunit donc a priori les conditions pour faire prendre au visiteur « une distance par rapport à leurs représentations, stéréotypes, attitudes et pratiques sociales », caractéristique, pour Jean-Pierre Cordier, des musées de société (Cordier, 2005).

Et effectivement l’exposition invite le visiteur à interroger ses propres croyances dès son titre J’y crois, j’y crois pas. Cette posture est explicite, répétée, quoi que plus diffuse au fil du parcours.

Exposition J’y crois j’y crois pas, musée de Bretagne, 2018 – CC BY SA – Cliché A. Amet, photothèque musée de Bretagne

Le premier panneau annonce le programme : « avec le regard de l’ethnologue, l’exposition invite à se questionner sur un sujet toujours bien présent dans notre société contemporaine, près de nous en Bretagne, comme partout en France, en s’abstenant de tout jugement a priori sur les phénomènes en cause. Car s’agissant de « croyance », qui d’entre nous peut prétendre qu’il n’a jamais cru et ne croit à rien, ou à rien d’autre qu’à la science ? » Sont ainsi précisés la posture scientifique, déontologique, l’angle contemporain et breton, et finalement, l’invitation à se questionner sur le sujet et sur ses convictions.

Progressivement, le propos devient plus explicatif : les textes décrivent, par exemple, le processus d’agression magique. Puis il adopte un point de vue distancié : « le sorcier est censé avoir procédé au moyen de rituels divers » et relativise le pouvoir magique des objets : « ces objets tirent aussi leur efficacité de l’imaginaire collectif ».

L’invitation à la posture introspective est aussi présente dans des manipulations. L’une d’elles invite à s’exprimer et à se comparer aux autres visiteurs en choisissant parmi des pratiques et des professions : voyante, druide, pharmacien… puis en les qualifiant : magie, escroquerie, médecine… Son choix fait, l’écran affiche, en pourcentages, les réponses de tous les visiteurs.

Le visiteur trouvera aussi un « Magical Mystery Quiz », pour mesurer ses connaissances et sa compréhension du sujet, les réponses affichées posant parfois une question personnelle : « et vous, que faites-vous les vendredi 13 ? ».

La réception de l’exposition

Comment les visiteurs reçoivent-ils cette invitation à l’introspection dans une exposition qui traite des représentations et des pratiques, de l’imaginaire et d’un phénomène social contemporain tabou, et qui pose la question de la croyance ?

Une étude a été menée, combinant l’analyse du discours et de la muséographie, et l’étude de sa réception. 8 heures d’observation et 47 entretiens semi-directifs de fin de visite ont été réalisés, touchant près de 100 visiteurs. Certains résultats de cette étude sont présentés ici.

Le visiteur mis à contribution dans l’espace « Blouse blanche et chapeau pointu ». – CC BY SA – Cliché A. Amet, photothèque musée de Bretagne
À l’écran, le visiteur peut comparer son point de vue sur le magnétiseur à celui des autres visiteurs. – © Gaëlle Lesaffre

Les pratiques et les croyances au cœur de l’expérience de visite et des entretiens

Les entretiens ont été l’occasion pour beaucoup de visiteurs interrogés de faire part de leur connaissance, de leur expérience directe ou indirecte des pratiques magiques et de leurs croyances.

Une majorité n’est pas surprise de l’existence des pratiques dans leur diversité. Les plus de 40 ans sont plus nombreux à déclarer en avoir connu ou en connaître certaines : « mes grands-parents étaient persuadés que le voisin avait jeté un sort aux vaches, ce n’est pas si vieux ça ! » (Homme, 44 ans).

Certains visiteurs n’ont pas seulement entendu parler de pratiques. Eux-mêmes ou leurs proches y ont eu à faire. Ils s’expriment volontiers sur des expériences de guérison, « je me suis fait soigner, oui, et un zona aussi. Donc ça je sais que ça marche » (Femme, 56 ans) ; de vœux exaucés, de recherche de sources plus ou moins fructueuses, « j’ai vraiment vu la branche de noisetier plier » (Femme, 42 ans). Les confidences sur la voyance sont plus rares, et celles sur les pratiques d’envoûtements quasiment absentes.

Au-delà de l’expression de ces expériences personnelles, les visiteurs adoptent volontiers la posture à laquelle l’exposition les invite, et expriment facilement leur croyance.

Une partie d’entre eux déclare croire à certaines choses. « Les magnétiseurs, je suis moins sceptique, je crois qu’ils ont quand même un don, les sorciers… Mais le reste, la bonne aventure, les tireuses de cartes tout ça… » (Homme, 77 ans). Certains ne sont pas sûrs de ne pas « y croire » : « il y avait une lettre à un moment sur le spiritisme, c’était des personnes qui s’étaient laissées guider, et ça, ça me travaille ! » (Femme, 21 ans). D’autres visiteurs affirment leur croyance dans le pouvoir des objets ou de certaines pratiques, particulièrement de guérison : « j’y crois parce que mon frère l’a vécu » (Femme, 34 ans). Les mêmes visiteurs, ou d’autres, se montrent tout à fait incrédules sur l’existence ou l’efficacité de certaines pratiques, quand elles ne les font pas sourire « j’ai trouvé ça ridicule, enfin ça m’a fait rire ! Avec le marc de café » (Femme, 24 ans).

Pour certains visiteurs, l’exposition donne des preuves : « les objets qu’on a vus, comme les poupées vaudous et les instruments comme ça, on peut penser que ça a bien existé » (Garçon, 16 ans).

Enfin, notons qu’un visiteur, très intéressé par le sujet, estime que l’exposition ne pousse pas à se poser la question de ses croyances. « Sur le côté y croire ou ne pas y croire je trouvais qu’on restait un peu trop en surface (…) ça ne poussait pas forcément à se poser la question » (Homme, 19 ans).

Par ailleurs, les visiteurs qui ont utilisé le dispositif invitant à faire un choix et à le comparer à celui des autres visiteurs ont prêté attention aux résultats globaux, « le marabout, il y avait beaucoup de monde qui disait que ça ne servait à rien ! Moi aussi (j’ai dit que ça ne servait à rien) » (fille, 13 ans) ; et apprécient d’être incités à réfléchir, à réaliser la subjectivité des réponses : « on s’est rendus compte que quand on a mis le médecin ou le pharmacien, dans le pourcentage des réponses il n’y avait personne qui avait mis que c’était de l’ordre de la croyance alors que ça peut être tout à fait compris comme ça. » (femme, 22 ans).

Naïa la sorcière, Charles ou Paul Géniaux, Rochefort-en-terre – Marque du domaine public – Collection Musée de Bretagne, Rennes
Magie blanche ou magie noire ? – CC BY SA – Cliché A. Amet, photothèque musée de Bretagne, Rennes

La réception du parti pris de l’exposition

Au-delà de l’interrogation de leurs croyances, les visiteurs adoptent des postures de réception différentes par rapport au parti pris de l’exposition. On trouve parmi les plus incrédules ceux qui prennent de la distance et trouvent matière à réfléchir sur les croyances en général. « (Le musée) ne donne pas de réponse, s’il faut y croire ou s’il ne faut pas y croire, mais il amène à réfléchir sur la notion de croyance » (Femme, 22 ans) ; « on voit comment les humains font de la place à tout type de croyance au final » (Femme, 38 ans).

Ils s’inquiètent parfois de ne pas distinguer un parti pris de la part du musée pour certaines pratiques qu’ils estiment dangereuses, ou auraient souhaité identifier plus de recul dans le discours de l’exposition. « Je reproche le fait qu’il n’y ait pas un parti pris. C’est-à-dire d’offrir un esprit critique, quand même, parce que le nombre de gens qui se font arnaquer » (Homme, 62 ans) ; quelques visiteurs ont pu souligner, ou regretter, que l’exposition prête à la moquerie, ou à rire, en raison de certains choix de scénographie ou d’extraits audiovisuels : « Parfois c’était un peu trop… Marrant » (Homme, 19 ans).

D’autres auraient souhaité trouver plus d’informations ou plus d’explications scientifiques sur les pratiques exposées. Ce sont plutôt des hommes, soit jeunes et connaisseurs du sujet : « je n’ai rien trouvé de nouveau » (Homme, 24 ans) ; « je trouve que dans la partie rebouteux, guérisseur, il n’y a pas assez d’explications » (Homme, 31 ans) ; soit retraités, en l’occurrence deux anciens instituteurs. « On n’explique rien : pourquoi on a ces croyances-là, qui sont les gens qui croient, qui sont ceux qui ne croient pas etc. D’où ça vient dans l’histoire ? » (Homme, 76 ans) ; « je pensais notamment aux sourciers, j’aurais aimé, au moins, voir si scientifiquement il y avait des études faites » (Homme, 62 ans).

Les objets témoins de pratiques contemporaines étonnent et attirent les visiteurs

L’exposition d’un grand nombre d’objets frappe les visiteurs, d’autant plus que certains s’attendaient à découvrir une exposition d’idées, de savoirs. Ces derniers ne perçoivent donc pas les objets exposés comme des artefacts « mis au service de l’idée » (Davallon, 1992). Ils ont été particulièrement frappés par les objets d’envoûtements, ainsi que par les photographies et les audiovisuels.

La salle où sont exposés les objets d’envoûtements contemporains constitue un point d’attraction fort de l’exposition en raison des objets eux-mêmes, « ce sont des objets qu’on n’a pas du tout l’habitude de voir. On en voit dans les films, mais de les voir en vrai, plein de différents, des cœurs, des machins, c’est très intéressant. » (Homme, 25 ans) ; mais aussi de la scénographie « le fait que ça soit un peu en quinconce, et cette utilisation des panneaux rouge et noir alternés ça créé vraiment une ambiance un peu intrigante » (Femme, 23 ans).

Les visiteurs sont surpris de trouver des objets témoins des pratiques de sorcellerie. « La sorcellerie en Bretagne, je savais qu’il y avait tout un folklore, mais qu’il y ait plein d’objets qui aient été retrouvés, vraiment, j’ai trouvé ça hyper chouette » (Homme, 25 ans).

Ce qui les frappe le plus, c’est la contemporanéité de ces objets – appelés aussi poupée, totem, amulettes – et par association, celle des pratiques dont ils témoignent. « Je n’imaginais pas que la magie, la sorcellerie était une partie intégrante de (notre) époque » (Femme, 23 ans) ; « en voyant certaines dates, en Ille-et-Vilaine, par rapport à certaines pratiques de poupées avec des aiguilles, ce n’est pas possible que les gens puissent encore y croire ! » (Femme, 65 ans).

Le fonds photographique lié à la Bretagne est particulièrement remarqué. Pour certains, la photographie personnifie les pratiques au point parfois de faire « ressentir » un malaise. « Je trouve que le fait d’avoir des photos, ça personnifie, ça humanise le magnétisme, la voyance, etc. » (Femme, 43 ans) ; « j’avais l’impression de ressentir des choses, quelquefois, par rapport peut-être à des objets, ou à des images. » (Homme, 51 ans).

La réception des audiovisuels (5), qui tiennent une place importante dans l’exposition, résume bien la réception du parti pris du musée par les visiteurs. Pour certains, les audiovisuels portent un discours objectif « il n’y a pas de prise de parti, c’est juste une constatation » (Femme 38 ans) ; « dans les interviews, celui qui est ethnographe, justement, qui présente notamment des objets d’envoûtement. Alors lui, il ne dit pas qu’il faut y croire, il dit ça existe » (Homme, 76 ans). Pour d’autres ils manquent d’explication, « ça ne nous a pas éclairées, hein, mais on voit que c’est possible, est-ce qu’elle (une médium) ment… Franchement, on est trois scientifiques donc nous, tout ça… » (Femme, 43 ans) ; « on a besoin d’explications ! » (Femmes, 23 ans).

Leur sélection par le musée apparaît aussi comme une garantie de crédibilité, « ce qu’on voit sur Internet ou ce dont on entend parler c’est plus anecdotique, (…). Là, sachant que ce sont des vidéos plus sérieuses… (ça a une autre valeur) » (Homme, 19 ans).

L’exposition provoque les échanges

Un dernier effet de l’exposition est la stimulation des échanges au sein des groupes de visiteurs et face à l’enquêteur, comme ici avec l’exemple du coupeur de feu : « Homme 2 : j’y crois pas. Enquêtrice : Vous n’y croyez pas ? Femme 2 : il y a quand même des choses, attend, on était devant les coupeurs de feu, là, on ne peut pas dire qu’on n’y croit pas parce qu’on connaît tous des cas (…). H2 : oui mais ce n’est pas de la sorcellerie ça. F2 : non, mais ça fait quand même partie des choses que tu n’expliques pas. H2 : moi je suis rationaliste. F2 : n’empêche que tu t’es fait enlever des verrues par quelqu’un comme ça, donc quelque part tu y crois quand même ! (silence) H2 : oui… » (Homme, 76 ans, Femme, 69 ans).

Exposition J’y crois j’y crois pas, musée de Bretagne, 2018 – CC BY SA – Cliché A. Amet, photothèque musée de Bretagne

La place du parcours personnel des individus et de leurs attentes dans la réception de l’exposition

Avec cette exposition, le musée de Bretagne poursuit son projet de « faire ressortir la complexité des situations actuelles ». Le propos, qui témoigne du besoin de l’Homme de croire, ne suffit pas toujours à ceux qui ne croient pas, et qui ont pu chercher des explications rationnelles, « scientifiques » aux pratiques exposées et aux phénomènes associés. D’autres ont vu dans l’exposition de certaines pratiques la preuve de l’existence de phénomènes, témoignant de la confiance et du crédit accordé au musée en tant qu’institution scientifique, mais aussi de la place du parcours personnel des individus dans leur réception du discours de l’exposition.

À une grande majorité de visiteurs, l’exposition aura permis de prendre la mesure, de s’étonner et donc d’interroger les rapports entre la sorcellerie et la médecine ou la religion. Cette interrogation, souvent très personnelle, est encouragée par la rhétorique même de l’exposition. Elle pousse à interroger ses propres croyances et à les mesurer à celles des autres. L’étude aura permis de révéler que cette introspection a bien été à l’œuvre chez les visiteurs, y compris chez ceux qui auraient attendu de la part du musée un parti pris et plus de rationalité.

Gaëlle Lesaffre et Sandra Pain

Gaëlle Lesaffre est chercheuse indépendante / lesaffregaelle@gmail.com

Sandra Pain a été assistante de production des expositions au musée de Bretagne, chargée de l’adaptation du scénario de l’exposition Bonne fortune et mauvais sort / sandra.pain0203@gmail.com

Notes

(1) Voir le projet scientifique et culturel du musée 2015, en ligne www.musee-bretagne.fr/musee-et-collections/le-musee/missions/

(2) Un des cinq sites de l’EPCC Chemins du patrimoine en Finistère, en coproduction avec le musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, le MuCEM.

(3) Dont plus de 100 œuvres prêtées par le MuCEM, la plupart collectées par le musée national des Arts et Traditions populaires.

(4) Jean-Louis Luxen a été, entre autre, secrétaire général de l’ICOMOS.

(5) Ils sont présents à travers des extraits de films de cinéma, de documentaires, d’archives ou d’entretiens réalisés pour l’exposition.

Bibliographie

Davallon, J. Le musée est-il vraiment un média ? in Regards sur l’évolution des musées, Culture & Musées, n°2, 1992, pp. 99-123.

Calif, C. Muséologie des questions sensibles : analyse des activités pédagogiques proposées par un échantillon de musées. Thèse en Sciences de l’Information et de la Communication, sous la direction de Daniel Jacobi et Hana Gottesdiener, université d’Avignon et des Pays du Vaucluse, 2012.

Cordier, J.-P. La reconnaissance de soi et ses limites dans l’exposition La Mort n’en saura rien, Culture & Musées, n°6, 2005, pp. 43-59.

Grison, P. et Jacobi, D. La place des questions sensibles dans les expositions de science et société, in Côté, M. (dir.) La fabrique du musée de sciences et sociétés. Paris : La Documentation française, 2011, pp. 41-52

Jadé, M. Le patrimoine immatériel. Nouveaux paradigmes, nouveaux enjeux, La Lettre de l’Ocim, n°93, 2004, p. 29.

Kassardjian, É. L’influence d’une exposition scientifique sur l’opinion des visiteurs, La Lettre de l’Ocim, n°81, 2002, pp. 18-22.

Fortune des expositions sur la magie et la sorcellerie

Notre panorama partiel des expositions sur la sorcellerie et la magie réalisées en Europe francophone débute par l’exposition Magie blanche, magie noire, présentée à la Galerie CGER à Bruxelles en 1997, porteuse d’une vision avant-gardiste dans la manière d’aborder un sujet sensible. Exposant pour la première fois des objets liés aux rituels d’envoûtements, l’exposition avait pour objectif de donner un éclairage nouveau sur des pratiques contemporaines de sorcellerie, tout en évoquant les impacts sur la société.

Moins de 15 ans après « Sorcières, mythes et réalités », produite en 2011 au musée de la Poste à Paris, privilégie le vecteur des représentations culturelles qui ont forgé et entretenu notre imaginaire, laissant une faible place à l’existence du fait contemporain de la magie et de la sorcellerie.

Il devient surtout fréquent de voir des expositions chrono-thématiques portant sur les pratiques magiques dans les cultures extra-européennes du passé. Pour ne pas avoir à traiter du tabou ? Dans ces expositions des musées d’histoire, d’art et d’archéologie basées sur le récit le mythe rejoint parfois les traces. C’est le cas en 2014 et 2015 pour « Ensorcelés, magie et sorcellerie dans l’Antiquité » (musée Anne de Beaujeu, 2014-2015) et « Magie, anges et démons dans la tradition juive » (musée d’art et d’histoire du Judaïsme, Paris).

Le musée du Quai Branly Jacques Chirac, lui, de 2012 jusqu’à aujourd’hui, renouvelle fréquemment la thématique de la magie et de la sorcellerie  au sein de ses expositions : « Les Maîtres du désordre » (2012), « Chamanes et divinités de l’équateur précolombien » (2016), « Enfer et fantômes d’Asie » (2018). Les références historiques aux traditions et savoir-faire ancestraux ne constituent pas le seul apport de ces expositions. L’évocation du passé amène les visiteurs à questionner le présent et la continuité des croyances et des pratiques magiques, notamment via les installations d’art contemporain, à travers des réflexions d’ordre philosophique ou littéraire et cinématographique.

Enfin, des expositions pluridisciplinaires et problématisées, comme « Bonne fortune et mauvais sort » (EPCC Chemin du Patrimoine en Finistère, abbaye Daoulas, 2016) et « J’y crois, j’y crois pas » (musée de Bretagne, Rennes, 2017-2018) proches de la vision de l’exposition « Magie blanche, magie noire », juxtaposent les interprétations des historiens, des ethnologues et des artistes. La présence d’objets récents du quotidien associés aux récits-témoignages, y soumet le visiteur à l’épreuve de sa déontologie et de ses croyances.

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