Le musée de Bretagne, son histoire, ses collections

Retracer l’histoire des collections d’un musée revient aussi à écrire en filigranes l’histoire du musée lui-même et vice et versa ; ces deux là entretiennent des liens si serrés qu’il est parfois bien délicat de démêler le fil de leur histoire commune.

D’un côté le musée génère des collections, provoque de nouvelles acquisitions, tente de les rendre vivantes par les moyens propres à chaque époque ; de l’autre, les collections sont toujours à l’origine d’un musée, elles en constituent le centre vital. Les soins, aussi divers soient-ils, qu’on leur procure, étude, classement, indexation, restauration, exposition… disent assez l’importance qui leur est conférée.

L’origine des premières collections du musée de Bretagne remonte comme pour de nombreux musées de province aux saisies des biens des émigrés par l’administration révolutionnaire en 1794.

 Le 24 vendémiaire an XIV (16 octobre 1805), le conseil municipal de Rennes accepte au nom de la ville la propriété des collections saisies. Provenant essentiellement des collections rassemblées par le marquis Christophe-Paul de Robien, elles témoignent par leur grande diversité de sa curiosité et de son érudition : ses collections d’œuvres d’art, d’archéologie, de numismatique, d’histoire naturelle couvrent non seulement le territoire breton, mais plus largement la France entière, auxquelles s’ajoutent des objets  d’ethnographie extra-européenne. La collection de Robien constitue le socle des musées rennais.

Durant très exactement cinquante ans, les conditions matérielles appliquée à ces collections sont variables : déplacées de l’église de la Visitation vers le couvent des Carmélites, transférées à l’évêché jusqu’en 1815, elles rejoignent après cette date l’hôtel de ville, puis la chapelle de l’école de droit jusqu’à la construction d’un bâtiment dédié aux musées (musées des beaux-arts, d’archéologie et d’histoire naturelle) et aux universités en 1855, situé sur l’actuel quai Émile Zola.

Le Palais universitaire en 1889, Désiré Fenaut, Rennes – Marque du domaine public- Collection musée de Bretagne, Rennes

La population estudiantine croissant, la mixité du bâtiment devient rapidement un problème et dès la fin du 19e siècle, le palais universitaire évolue en palais des musées, les universités migrant vers d’autres lieux. En 1845 est ouvert le premier registre d’inventaire, qui accueille dans ses colonnes et en première ligne Des morceaux de chaux romaine mêlés de débris d’écailles d’huîtres, collectés sur une petite commune d’Ille-et-Vilaine en 1844 ; cet objet  annonce la place considérable accordée tout au long du 19e siècle aux collections archéologiques.

Entre 1960 et 1975, six salles sont successivement ouvertes, qui présentent de façon chronologique l’histoire de la Bretagne de la préhistoire à nos jours ; à l’issu de ces quinze années, le musée de Bretagne est devenu un établissement autonome, indépendant du musée des beaux-arts. Cette autonomie se concrétise en 1974 dans le domaine des collections par une attribution des fonds entre les deux musées, qui aboutit non sans mal à la rédaction d’un Protocole de répartition des collections  et se poursuit à partir de cette date par la rédaction de registres d’inventaire différenciés. Quelques trente années plus tard, le musée de Bretagne quitte le quai Émile Zola pour s’installer dans le nouveau bâtiment des Champs libres, à proximité de la gare et du Champ de Mars, pratiquement à l’emplacement proposé pour un projet de Palais des musées imaginé dès 1945.  

Galerie des costumes, Créations artistiques Heurtier, Rennes – CC BY NC ND – Collection musée de Bretagne, Rennes

Si les collections du musée de Bretagne sont très diverses, elles s’articulent néanmoins autour d’un axe commun qui est l’histoire de la Bretagne, incluant des disciplines sœurs comme l’archéologie et l’ethnographie. Le territoire évoqué est traditionnellement celui de la Bretagne historique incluant la Loire-Atlantique, bien que les collections issues de ce département soient moins nombreuses. Quant aux périodes traitées, elles s’étendent de la préhistoire jusqu’à nos jours.

Les collections archéologiques

Parmi les nombreuses dénominations attribuées au fil du temps aux musées rennais, celui de Musée d’archéologie figure en bonne place,  et cette appellation se justifie par l’importance du fonds : c’est au marquis de Robien que le musée de Bretagne doit sa première collection d’archéologie, qui est enrichie tout au long du 19e siècle. Durant toute cette période et jusqu’au début du 20e siècle, ce sont souvent les travaux de voirie ou des trouvailles fortuites qui permettent un enrichissement : tessons, amphores, éléments d’architecture, armes, objets usuels… vont être acquis. La Société archéologique d’Ille-et-Vilaine, très active, participe de façon conséquente aux travaux scientifiques et à l’accroissement des collections.

Base avec inscriptions provenant des fondations de la muraille de Rennes, 2e siècle – CC0 – Cliché A. Amet, collection musée de Bretagne, Rennes

La seconde moitié du 20e siècle marquée par le développement de l’archéologie scientifique et par une législation plus rigoureuse, voit arriver au musée des collections plus homogènes provenant de sites étudiés. Plusieurs dépôts de l’État vont permettre d’accueillir des ensembles considérables provenant de sites fouillés à Rennes et en Ille-et-Vilaine. Des achats ponctuels comme celui de la déesse dite du Menez-Hom (1er -2e siècles) ou plus récemment celui d’une statuette de guerrier en bronze (1er siècle avant – 1er siècle après J.-C.) ont permis d’introduire quelques pièces plus spectaculaires. Les collections archéologiques couvrent bien les périodes pré et protohistoriques, ainsi que la période gallo-romaine, elles sont plus pauvres pour le haut et bas Moyen Âge ainsi que pour l’époque moderne. Des acquisitions récentes provenant du Morbihan et du Finistère permettent de diversifier la provenance géographique des pièces. Sans compter l’exposition permanente, plusieurs expositions temporaires dont Fondations, Rennes et son pays dans l’Antiquité (2000) ont mis en valeur les collections archéologiques.   

Les collections  numismatiques

La collection numismatique riche de près de 35 000 monnaies, médailles et jetons trouve également sa source au sein des collections du  marquis de Robien. Une relative constance dans la politique d’acquisition a permis de constituer un fonds numismatique particulièrement riche. Quelques érudits et ardents collectionneurs comme C.A Moët de la Forte-Maison ou Auguste André voient leurs collections acquises par le musée dans la seconde partie du 19e siècle. En 1881, un trésor dit trésor de la préfecture enrichit de 4 000 monnaies romaines le fonds de numismatique. Le monnayage gallo-romain est bien représenté dans les collections du musée de Bretagne (plus de 20 000 pièces),  tout comme le monnayage gaulois et en particulier celui des cités armoricaines. Regroupant monnaies féodales du duché de Bretagne ou du royaume de France, le fonds médiéval compte également quelques pièces prestigieuses dont une des cadières d’or d’Anne de Bretagne. Les collections modernes (16e-18e siècles) témoignent quant à elles de l’intense activité monétaire des anciens hôtels de la monnaie de Rennes et de Nantes.  Moins connus que les monnaies, les jetons des institutions d’Ancien Régime et les diverses médailles frappées aux 19e et 20e siècles constituent par ailleurs un autre objet de curiosité.

Solidus, monnaie en or frappée à Trèves entre 375 et 378, découverte fortuitement au Rheu en 2008 – CC0 – Cliché A. Amet, collection musée de Bretagne, Rennes

Tout au long du 20e siècle, des ensembles sont acquis auprès de collectionneurs ou en ventes publiques, pièce isolée ou trésors, renforçant ainsi la pertinence des collections de numismatique bretonne. Un catalogue et une exposition  Les monnaies celtes du musée de Bretagne (1999) ont mis en avant une partie de ces collections d’une exceptionnelle qualité.

Les collections ethnographiques

Dans cette catégorie sont regroupés des collections d’une grande diversité, objets témoins de l’évolution des modes de vie en Bretagne, incluant des objets liés à un usage domestique : mobilier, costumes, ustensiles de ménage ou de cuisine, vaisselle… ou à une pratique professionnelle : outils ou machines  évoquent un large éventail de fonctions, du pêcheur au sabotier, en passant par l’horloger et  la couturière, faisant  une place de choix aux métiers liés à l’agriculture.

Plaque de concours agricole récompensant le Grand prix d’honneur pour la race Janzé au concours de la Société Avicole de l’Ouest à Nantes en 1937 – CC0 – Cliché A. Amet, collection musée de Bretagne, Rennes

La constitution de ces collections, contrairement à d’autres musées, est relativement récente au musée de Bretagne. En 1913 sont ouvertes deux nouvelles salles, l’une est consacrée à une présentation – reconstitution de deux habitats caractéristiques l’un de Haute-Bretagne, l’autre de Basse-Bretagne ; la seconde salle présente des costumes et des éléments de mobilier régionaux. C’est à cette occasion qu’un embryon de collections ethnographiques est constitué à compter des années 1890-1900 ; il sera très modestement enrichi jusqu’aux années 1930, mais il faudra attendre les années 1950-1960 pour qu’une politique volontariste se mette véritablement en place dans ce domaine. C’est le projet d’ouverture de nouvelles salles consacrées à l’ethnographie bretonne qui conduit à une recherche assez systématique d’objets, notamment costumes et mobilier, souvent associés à une collecte documentaire.

Les collections ethnographiques ont longtemps (1970-1990) figuré parmi les secteurs les plus développés ; des ensembles ou des fonds thématiques conséquents ont permis la constitution de collections cohérentes et représentatives. Les nombreuses expositions thématiques du musée de Bretagne ont abondamment puisé dans ces collections et leur présentation a largement contribué à la réalisation de scénographies vivantes et dynamiques.

Les collections iconographiques

De constitution également ancien, le fonds iconographique du musée de Bretagne regroupe des supports et des thématiques très divers : dessins, estampes, cartes et plans, affiches, cartes postales, imprimés, photographies (tirages et négatifs) traversent ainsi les époques et témoignent  de manière très large de l’histoire bretonne.

C’est une fois encore à partir de la collection de Christophe-Paul de Robien  que ce fonds s’est développé et perpétuellement enrichi à partir des années 1880, trouvant même un peu plus tôt un débouché au travers d’une galerie d’iconographie bretonne ouverte en 1877.

La collection la plus ancienne s’articule autour de vues de villes, de monuments  ou de lieux remarquables, ou encore de personnalités en lien avec la région ; si ces thèmes ont continué à être développés, l’iconographie s’est également tournée vers le quotidien en parallèle à l’accroissement des collections ethnographiques témoignant ainsi de la vie sociale, politique et économique de la région. 

Brest, vue du port prise depuis la batterie couverte, Ambroise Louis Garneray, aquatinte, vers 1825 – Marque du domaine public – Collection musée de Bretagne, Rennes

La photographie occupe au sein de ces collections une place considérable, notamment au travers des fonds d’ateliers photographiques collectés au  tournant des années 1970-1980, qui à eux seuls regroupent près de 500 000 négatifs sur verre ou film souple.

L’affaire Dreyfus

À l’été 1899 se tient à Rennes dans le lycée et à deux pas du musée, le second procès du capitaine Alfred Dreyfus ; ce procès qui divise la France et suscite un intérêt international retient aussi l’attention du conservateur qui réunit à cette occasion un petit fonds composé d’articles de presse et de documents iconographiques. Suite à l’exposition L’affaire Dreyfus, une affaire toujours actuelle (1973), Jeanne Lévy, la fille d’Alfred Dreyfus effectue une donation conséquente qui annonce d’autres dons familiaux et préfigure des achats auprès de collectionneurs ou en vente publique. Le fonds ainsi constitué regroupe environ 10 000 pièces, comprenant une très abondante correspondance, des cartes postales, des photographies, affiches, dessins et estampes, des périodiques et quotidiens, ainsi que quelques objets.  

Épinglette politique à l’effigie d’Alfred Dreyfus – CC0 – Cliché A. Amet, collection musée de Bretagne, Rennes

Je classe, tu classes, il classe….

Qui dit collections dit gestion : du marquis de Robien jusqu’à aujourd’hui, les collections ont toujours fait l’objet d’un classement, d’une typologie, d’étude et de recherches documentaires. Non contents de tenir à jour les registres d’inventaire, les conservateurs du 19e et du début du 20e siècles ont rédigé des catalogues raisonnés et des ouvrages thématiques sur les collections de numismatique, d’images populaires, de mobilier… D’autres publications thématiques ou transversales sont éditées tout au long du 20e siècle, favorisant ainsi la connaissance et la diffusion des collections. La nécessité d’une classification s’est traduite selon les époques par la rédaction de fiches descriptives, remplacées à partir de 1992 par une base de données informatisée, riche aujourd’hui de plus de 380 000 notices.

Laurence Prod’homme.

Extrait de Objets de l’histoire, mémoires de Bretagne, Les collections du musée de Bretagne, éditions Ouest-France, Rennes, 2011 – données mises à jour en 2021.

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