Un achat de 43 dessins de Félix Benoist

Spécialisé dans le paysage, Félix Benoist (1818-1896), dessinateur, peintre et graveur, développe son talent à l’époque où le gout du voyage est à la mode, soutenu pour la diffusion des images par l’essor de la lithographie.

Des projets éditoriaux d’ampleur nationale mettent en avant les provinces françaises tout comme la capitale, et la Bretagne n’y échappe pas. Félix Benoist participe à La Galerie Armoricaine (1845) aux côtés de François-Hyppolite Lalaisse, et œuvre à la série, La Bretagne contemporaine (1864-1865) dont font partie les dessins rassemblés ici.

Vannes, Félix Benoist, éditions Charpentier, Nantes – Marque du domaine public- Collection Musée de Bretagne, Rennes

Ces deux suites d’estampes ont été éditées par les Nantais Charpentier, célèbre famille de lithographes-imprimeurs qui a édité de nombreux recueils sur Paris et différentes provinces françaises. La Bretagne contemporaine, dont le titre complet est Sites pittoresques, monuments,costumes, scènes de mœurs, histoire, légendes, traditions et usages, rassemble des vues assez fidèles de paysages, villes, villages, châteaux, calvaires et autres lieux « patrimoniaux », sans omettre pour autant l’évocation de la modernité, représentée par le chemin de fer notamment ; elle concerne la Bretagne historique des cinq départements. Le musée conserve plus de 230 estampes originales de cette série, dont certaines acquises en 1876 et portant des mentions manuscrites de l’éditeur ; au cours des années 1950 à 1970 d’autres exemplaires sont venus compléter le fonds existant. Des dessins ont également été conservés, réalisés d’après les estampes de Félix Benoist et destinés à l’édition de l’ouvrage de Paul Banéat, Le département d’Ille-et-Vilaine (1927), alors qu’il était conservateur du musée de Rennes. La bibliothèque du musée de Bretagne conserve aussi un exemplaire original des trois volumes reliés édités en 1864 et 1865.

Nantes, vue du pont de la Rotonde, Félix Benoist, éditions Charpentier, Nantes – marque du domaine public – Collection Musée de Bretagne, Rennes

L’acquisition que vient de faire le musée de Bretagne comprend de nombreux dessins inédits qui n’ont pas été retenus pour l’édition des estampes, et sont donc intéressants dans ce sens, certains dessins sont annotés de remarques très précises destinées au lithographe. C’est le cas par exemple du dessin figurant les mégalithes de Carnac : « effets pittoresques, ciel orageux, coup de vent. Grandeur des figures au premier plan, costume des femmes d’Auray, quelques femmes fuyant l’orage vers la galerie », annotations suivies d’une mention très précise de la taille et de l’emplacement des personnages.

Menhirs à Carnac, dessin de Félix Benoist, 1850-1860 – Marque du domaine public – Collection Musée de Bretagne, Rennes

L’estampe éditée permet de constater que les conseils du dessinateur ont été scrupuleusement suivis.

Monuments druidiques de Carnac, Félix Benoist, éditions Charpentier, Nantes – Marque du domaine public – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Sur le dessin du château de Bourg-des-Comptes, Benoist donne des consignes et précise notamment de « bien soigner le petit château », il se contente d’esquisser les personnages qui seront terminés par l’ouvrier lithographe. Ces dessins légendés et annotés témoignent des pratiques propres aux ateliers de lithographes ; les dessins non retenus pour l’édition offrent des vues parfois très proches des estampes imprimées, d’autres fois des points de vue vraiment exceptionnels comme ce dessin du lavoir sur la Vilaine à Rennes.

Rennes depuis le lavoir, dessin de Félix Benoist, 1850-1865 – Marque du domaine public – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Ils interrogent la notion de « pittoresque », Benoist privilégie souvent pour les entrées de ville, des points de vue plongeants donnant une perspective très étendue vers le lointain. Inversement, le soin qu’il apporte aux détails, ceux des costumes, des animaux domestiques, de la végétation dénote un grand sens de l’observation. L’édition de ces recueils de lithographies arrive peu de temps avant que la photographie ne prenne le relais ; photographie qui d’ailleurs à ses débuts, traitera des mêmes sujets, usant des personnages de façon identique comme élément d’accroche et d’échelle. La Bretagne contemporaine fait partie des éditions qui ont assigné à certains lieux ou bâtiments des fonctions patrimoniales, bien avant l’usage du terme : ce seront ces mêmes lieux qui figureront dans les guides touristiques, sur les affiches des chemins de fer, dans les circuits touristiques, valorisant ainsi une certaine architecture et une vision du paysage à la fin du 19e siècle.

Laurence Prod’homme.

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