Road trip dans les Monts d’Arrée avec Stéphane Lavoué

Paskal Nignol, médiateur au Musée de Bretagne nous raconte son voyage avec le photographe Stéphane Lavoué, le temps d’une journée, de Brasparts à Commana dans le Finistère.

Le Feel Good, Brasparts, le 19 février 2020 à 9h : j’ai rendez-vous avec Stéphane Lavoué. Lors de notre première rencontre aux Champs Libres, je lui avais proposé quelques contacts dans les Mont d’Arrée pour qu’il poursuive son travail sur la série Les Enchanteurs. Quelques jours plus tard je recevais un courriel de sa part dans lequel il m’invitait à l’accompagner à la rencontre de ces gens de l’Arrée !

Le Feel good, Brasparts – CC BY SA – Cliché P. Nignol

Un café, nous discutons, deux cafés, Stéphane sort de sa sacoche La légende de la mort en Basse Bretagne d’Anatole Le Braz, son livre de chevet. Une photo et nous voilà partis pour 13 kilomètres de petites routes ! Nous passons au pied du Tuchenn Mikael (Mont-Saint-Michel de Brasparts), bifurquons à gauche sur la petite route qui descend à Saint-Rivoal puis à droite direction Saint-Cadoù-en-Sizun où nous avons rendez-vous avec Patrick Hervé qui vit avec sa femme, tous deux retraités.

Chapelle du Mont Saint-Michel de Braspart, Stéphane Lavoué, Saint-Rivoal, novembre 2019 – Copyright-Tous droits réservés – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Chez Patrick Hervé à Saint-Cadou

L’Enchanteur brittophone est passeur de feu. Il coupe le feu bien malgré lui ! Il a accepté le don, sans vraiment le vouloir, d’une tante de sa mère qui tenait un hôtel « de plaisir » à Nantes ! Il n’explique pas ce don, n’en parle pas. Il rend service sans jugement et avec bienveillance quand on le sollicite, et son geste produit de bons résultats.

Stéphane et Patrick Hervé devant chez lui – CC BY SA – Cliché P. Nignol

Nous nous présentons. Un far nous attend ! Stéphane prend le temps d’échanger avec Patrick Hervé, pendant au moins une heure, avant de lui proposer de le prendre en photo.
Patrick Hervé ne se doute pas que la séance va être longue. Prises de vues à l’intérieur puis à l’extérieur et enfin dans une annexe, qui sert à loger les amis, où Stéphane trouve la lumière intéressante. « Mets-toi là, tourne un peu la tête, oui comme ça, lève un peu ton bras, baisse la tête, tourne, oui, encore un peu, assieds-toi, enlève tes lunettes ! De mon côté j’observe. Rapidement Stéphane me colle un réflecteur dans les bras, je suis son assistant, il m’apprend à capter la lumière et à la diriger selon ses souhaits. Tout au long de cette longue journée le réflecteur ne me quittera plus.

Stéphane repère des détails, des objets, un corbeau ou une corneille en plastique noir qu’il garde sous le bras un bon bout de temps avant de trouver l’endroit où le shooter. Il essaye bien de le placer dans les bras de Patrick, non sans humour mais sans succès !

Patrick Hervé est né à Nantes de parents du centre Bretagne. Il est brittophone ainsi que ses trois garçons. Ancien proviseur de lycée, il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages sur la tradition bretonne, l’architecture rurale, l’élevage des chevaux et surtout les pratiques alimentaires. Alias DRIG, il est également dessinateur pour l’hebdomadaire en langue bretonne Ya.

Chez Yann Gilbert à Saint-Cadou.

Fin de Matinée. Rendez-vous chez Yann Gilbert, toujours à Saint-Cadoù où il vit avec sa femme et ses enfants tous brittophones.

Stéphane écoute, il est très présent même si la photo est un peu floue – CC BY SA – Cliché P. Nignol

L’Enchanteur est radiesthésiste ? Yann se dit géobiologue professionnel. Son travail s’apparente à celui du sourcier, trouver les courants d’énergies telluriques, les failles, les courants d’eau souterrains… Par exemple, les producteurs de lait peuvent rencontrer une baisse de production pour des causes diverses, électriques en particulier. En repérant des courants de fuite, Yann peut modifier l’information en mettant un dispositif sur le robot de traite. Il intervient également chez les particuliers. Il obtient des résultats probants et gagne ainsi sa vie.

Il a été formé par Jean Uguen. Maître en la matière, il est fondateur de l’association Prosantel, qui rassemble en réseau les géobiologues de France, dans le but d’échanger expériences et savoir-faire et de militer pour une reconnaissance institutionnelle des phénomènes autour de la géobiologie.

Il est midi passé, de très loin. Yann et sa femme nous proposent de rester déjeuner avec eux ; nous déclinons poliment l’invitation.
Rendez-vous suivant avec retard et sans pause déjeuner, Stéphane ne l’évoque même pas, ça tombe bien je n’ai même pas faim. Il est parti, rien ne semble l’arrêter et je le suis tel un jeune apprenti.

Un coup de fil chez Nathalie Valette pour s’excuser du retard et en route pour Saint-Rivoal.

Chez Nathalie Valette à Saint-Rivoal.

Enchanteresse ! Sorcièresse comme elle se définie ! Mi-sorcière mi-déesse. J’entends « sorserez » sorcière en breton, mais elle ne le parle pas. Elle est arrivée là par une rencontre et elle est restée. Elle aime les monts d’Arrée pour sa nature. Elle s’allonge dans les sous-bois, prend contact avec les éléments et se ressource. Elle ne nous dira pas tout de ces étranges activités, mais une amie de Saint Rivoal m’en confiera un peu plus.

Stéphane prend quelques notes. Nathalie propose, comme prévu par téléphone, de se baigner toute nue dans la rivière en bas de chez elle.  Une habitude quotidienne qu’elle pratique tout au long de l’année quel que soit le temps. Nous sommes deux garçons, cela la gêne alors je reste chez elle à siroter des tisanes.

Nathalie Valette, chamane, Stéphane Lavoué, Saint-Rivoal, 2020 – Copyright-Tous droits réservés – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Ils reviennent de la rivière, nous échangeons, elle nous dit organiser tous les jeudis des séances de mantras à l’étage d’un bar de Commana « La route du lin », un bar connu pour sa faune peu ordinaire !

Nathalie Valette est aussi écrivaine pour le magazine alternatif jeunesse « Fanette et Filipin », et auteure de livres aux Éditions Belle Émeraude.

À 16h30 nous arrivons à notre dernier rendez-vous au 8 Penarvern à Commana, à l’entrée du bourg avec Xavier Charbonnier. Il porte bien son nom !

Chez Xavier Charbonnier, à Commana.

L’enchanteur est un géant, un viking, il est normand. Ce sculpteur forgeron repeuple le pays de ses bêtes du diable qu’il fait naître dans son atelier le Govel Ifern qui signifie la forge de l’enfer…

Dans la forge de Xavier – CC BY SA – Cliché P. Nignol

L’homme ne nous entend pas… ne nous voit pas plus. Il frappe le métal en écoutant… du métal ! On crie… fort, très fort ! Il finit par nous remarquer, coupe le son et d’un signe de tête nous invite à entrer dans l’atelier.

Stéphane demande à Xavier de se placer devant une bâche beige mais le bonhomme est très agité et n’arrive pas à garder un visage neutre. Il faudra du temps à Stéphane pour obtenir ce qu’il cherche. Il est patient et très doux, le forgeron se calme… par mimétisme me confie Stéphane.

Xavier Charbonnier, forgeron, Stéphane Lavoué, Commana, mars 2020 – Copyright-Tous droits réservés – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Le forgeron nous parle de sa passion, il connait son affaire sur le bout des doigts ! Il est intarissable sur le point de fusion des métaux ! Xavier a été autrefois animateur-forgeron, notamment sur la Côte d’Azur, mais n’aimait pas trop la règlementation relative à l’accueil des enfants. Il se sent à son aise parmi les gens de l’Arrée qui, dit-il, lui ressemblent !

Nous sommes… un peu fatigués. Le travail est terminé mais le forgeron ne nous lâche plus. Il veut absolument nous forger un couteau dans une tige de fer à béton. Nous n’avons pas le choix, nous sommes pris au piège du Govel Ifern !

Après le fer : bière obligatoire, tous debout dans la cuisine avec sa compagne, créatrice de tisanes, quelques gâteaux apéro bienvenus et un kenavo ar wech all chaleureux !

20h30 (de mémoire), nous quittons Xavier à la recherche d’un resto… « enfaim » !

Rien à Commana, nous filons vers Sizun : trop tard, le seul resto ouvert nous refuse et indique Landivisiau où rien non plus ne semble ouvert sauf peut-être un Mc Do. Nous optons pour le Terminus, resto routier en bord de 4 voies. L’accueil est plutôt sympa, la serveuse montre du doigt le frigo, qui conserve quelques restes de salades, apporte un peu de vin et propose des pâtes. J’ai oublié de demander la facture je ne serai pas remboursé !

Nous nous quittons sur le parking du Terminus. Le couteau du forgeron en poche.

Stéphane habite Penmarc’h mais reste en immersion, il a trouvé à se loger quelque part dans les monts d’Arrée. Pour ma part je rentre à Rennes, la journée n’est pas finie !

Tous ont choisi de vivre l’Arrée, tous se sont posés la même question au bout d’un certain temps : rester ou partir…. Ils sont restés et ont créé leur activité afin de pouvoir vivre là. Tous se sont demandés ce que l’on venait chercher auprès d’eux, quelle était notre démarche. Tous ont joué le jeu de Stéphane !

Bon je ne suis pas photographe… ça se voit non ?

Kenavo, ar wech all

Paskal Nignol.

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