Une acquisition de photographies de Laurent Bellec

Le projet artistique et photographique de Laurent Bellec s’articule autour de séries sur les constructions fonctionnelles et l’architecture agro-industrielle, à différentes échelles, régionale, nationale, européenne.

Ces constructions qui ont marqué le paysage des années 1960/1970/1980 ont été et sont encore des marqueurs de notre paysage quotidien. Pour la Bretagne, elles sont des repères, depuis les routes et voies rapides, des signaux, qui symbolisent deux traits de la modernité d’après-guerre, à savoir la standardisation dans la construction et le poids de l’industrie agro-alimentaire, associé à un modèle intensif, aujourd’hui de plus en plus contesté.

Les Moulins d’Hyéres, Carnoët, Laurent Bellec, avril 2010 – Tous droits réservés – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Le travail de Laurent Bellec se veut tout à la fois recensement, travail de représentation et mise à distance, source de questionnements sur les enjeux multiples de ces architectures.  Ce travail sur des séries longues s’inscrit dans une très ancienne tradition de la photographie notamment celle d’Eugène Atget et plus près de nous de Bernd & Hilla Becher.  Se déroulant sur plusieurs années, le projet s’appuie sur un quadrillage cartographique rigoureux, avec pour chaque prise de vue l’enregistrement de données factuelles telles la position géographique de la construction, la date de prise de vue. L’étude photographique des usines de nutrition animale bretonnes se situe dans la continuité de ce travail sur les marqueurs fonctionnels.

La série sur les usines de nutrition animale

Laurent Bellec a réalisé de 2009 à 2011 le premier inventaire exhaustif des usines de fabrication d’aliments du bétail en Bretagne (49 sites, soit 151 plaques argentiques 4’’x 5’’ inches réalisées avec un appareil grand format). Il s’est donné comme mission de recenser, d’étudier et de faire connaître ces constructions du patrimoine industriel de la nutrition animale, interpellant ainsi l’identité d’une région, objet d’enjeux culturels, historiques et scientifiques.

Cette étude photographique a été soutenue par la DRAC service architecture, le STAP Service Territorial d’Architecture et du Patrimoine des Côtes d’Armor, le Conseil régional de Bretagne service culture, le Conseil général des Côtes d’Armor service patrimoine, l’Institut de Géo architecture de Brest (UBO), l’AFAB (association des industrielles des fabricants d’aliment du Bétail, la Communauté de Commune de Lanvollon-Plouha.

Laurent Bellec a ensuite prolongé son étude photographique à l’international

Ce patrimoine contemporain est une histoire à la fois locale et mondiale qui a permis de fixer dans le temps la culture des outils agro-industriels (les usines de nutrition animale) et des paysages à travers 18 pays dans le monde : France, Belgique, Allemagne, Danemark, Autriche, Pays-Bas, Angleterre, Espagne, Portugal, Italie, Pologne, Suisse, USA, Australie, Turquie, Japon, Russie et Brésil. Réalisé avec un appareil grand format numérique de 60 millions de pixels, ce travail s’est déroulé entre 2011 et 2021 soit 10 années de prise de vue. Ces photographies aux côtés d’autres éléments paysagers témoignent d’un basculement de civilisation après les années 1950-1960. 

Coop de Broons, Laurent Bellec, mai 2011 – Tous droits réservés – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Le musée de Bretagne a acquis une sélection limitée à 10 tirages photographiques de la série sur les usines de nutrition en Bretagne.

Cette acquisition s’inscrit complètement dans l’axe autour de la photographie contemporaine sur un sujet dont il est attendu un développement plus fort dans les actions de valorisation du musée de Bretagne et de l’écomusée de la Bintinais, à savoir la thématique de l’industrie agro-alimentaire (sujet exploré par ailleurs dans des expositions temporaires récentes à l’écomusée comme Le Grand espoir). Sans présager de ce que seront les évolutions dans le programme des expositions permanentes des deux établissements, ces images pourraient être mobilisées dans les futurs récits comme marqueurs de cette identité du territoire : nouvelles cathédrales de la modernité bretonne de l’après-guerre, elles permettent aussi d’engager aujourd’hui avec le public une relecture critique du modèle, tout en l’assumant.

Glon Sanders, Saint-Gérand, Laurent Bellec, mai 2010 – Tous droits réservés – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Céline Chanas.

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