Beaucoup de baisers avec beaucoup de cailloux dans les poches !

« Beaucoup de baisers ? Beaucoup de cailloux… Dans les poches ? » – Bouchou kals gad kals mein ebarz ar zac’h… Vous vous interrogez : que signifie ce titre sibyllin ? Quel est le sujet de cet article ? Si le folkloriste Paul Sébillot (1843-1918) était encore parmi nous, il vous répondrait sans doute avec humour que « Vaches, chevaux et cochons, étoupe et lin et le Paradis à la fin / Saout ha kezek ha moc’h, stoup ha lin hag ar barados d’ar fin » était un titre trop long ! Ces deux formules de Basse-Bretagne, prononcées le premier janvier lors des échanges de baisers et de vœux, n’avaient aucun mystère pour cet homme de lettre qui a été le premier à les publier dans un article sur les souhaits de bonne année paru dans la Revue des traditions populaires de 1887. Vous l’avez compris, le texte qui va suivre a pour but de vous faire découvrir le Nouvel An dans les collections du Musée de Bretagne !

À chacun son Nouvel An

Date de grande superstition où rencontres, actes, nourriture, paroles et dons sont des signes porte-bonheur, le premier jour de l’année a quelque chose de sacré. Chaque contrée a ses codes et ses rites pour célébrer cette fête, éloigner le mauvais sort et attirer la chance lors des trois coutumes universelles du Nouvel An, à savoir le réveillon, les vœux et les étrennes.

Parmi les objets et les images consultables dans les Collections en partage sur le sujet, la description d’une photographie prise par Stéphane Lavoué (1976-) du druide Youn Amis de dos, dans la nature à Braspart, nous rappelle que si le Nouvel An se fête dans le monde entier, sa date n’est pas la même en fonction des calendriers de chaque civilisation, car chaque calendrier à ses origines, son mode de calcul et sa durée.

Youn Amis, druide du Gorsedd de Bretagne, photographie issue de la série « Les Enchanteurs » par Stéphane Lavoué  – Copyright-Tous droits réservés – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Avec le renouveau du druidisme, des cérémonies sont aujourd’hui organisées dans les Monts d’Arrée comme le Nouvel An celte appelé la Samain. Pour les Celtes, le jour commençait à la tombée de la nuit et l’année au début des mois noirs : Miz Du, traduit mois Noir, pour Novembre et Miz Kerzu, traduit mois Très Noir, pour Décembre. La Samain marquait donc le début de la période sombre et l’ouverture des portes entre notre monde et celui des morts. La date exacte de cette cérémonie pose question : elle est souvent située autour du 1er novembre, date choisie par l’Église au 9e siècle pour la fête des saints martyrs en réponse à la persistance des rites païens. Au 19e siècle les Irlandais qui ont émigré aux États-Unis pour fuir la misère et la famine sont à l’origine d’Halloween, fête organisée le 31 octobre, version très folklorique de la Samain.

Adieu vieille année, que le diable t’emporte !Kenavo, bloaz kozh milliget, kit ‘ba ‘n toull ho peus meritet !

La grande majorité des objets et des documents liés au Nouvel An dans les collections du Musée de Bretagne concerne le réveillon du 31 décembre et le mois de janvier dont le nom vient du dieu romain Janus, du latin janua, qui peut se traduire par « portail ». Dieu des commencements et des passages, Janus protège tout ce qui a un rapport concret ou symbolique avec la porte : les entrées et les sorties, les départs comme les retours, le seuil de chaque maison ou les entrées des villes. C’est pourquoi ses attributs distinctifs sont la clé, qui lui permet d’ouvrir ou de fermer la porte, et le bâton, qu’il utilise pour chasser les visiteurs indésirables. Pour cette dernière fonction, il est traditionnellement représenté avec deux visages : un dans chaque direction pour surveiller, le premier regardant en avant, le second en arrière. Or, c’est exactement ce que nous faisons le soir du réveillon : nous nous retournons sur l’an passé tout en voulant nous projeter en avant dans le futur.

Pour bien augurer de l’année à venir et la placer sous d’heureux présages, nous perpétuons les rites romains du Nouvel An associés au culte de Janus : nous ornons les portes de branches de laurier ou de gui, car ces plantes sont toujours vertes ;

La vente du gui à Rennes, photographie prise par Charles Barmay (1909-1993) le 31 décembre 1962 – Licence CC-BY-SA – Collection Musée de Bretagne, Rennes. Le saviez-vous ? L’expression celtique à laquelle nous attribuons la tradition du gui du Nouvel An repose sur une erreur de traduction ! Les Gaulois disaient en effet « o ghel an heu », ce qui signifie « que le blé germe », expression qui nous est parvenu sous la forme « au gui l’an neuf ».

nous allumons des lumières et suspendons des lanternes ;

nous échangeons des salutations, des embrassades, des vœux,

Bonne année avec un bon gros baiser de ma part ! Carte de vœux du début des années 1920, illustrée par Donald McGill – Copyright-Tous droits réservés – Collection Musée de Bretagne, Rennes

et offrons des cadeaux, appelés « étrennes » qui prennent le plus souvent la forme de friandises sucrées, pour garder le goût de la douceur toute l’année, ou de pièces de monnaies, en présage d’une richesse souhaitée par chacun.

Les vœux : incommodités réciproques du Jour de l’An 

De nombreuses cartes de « Meilleurs Vœux » ou de « Bonne Année » sont conservées au Musée de Bretagne.

Les origines de la tradition de l’échange de vœux par carte demeurent obscures, car il était surtout de tradition de rendre visite. Au 18ème siècle, l’usage de la carte de visite était général. D’après une satire en vers publiée à Paris en 1742, intitulée Les Incommodités réciproques du Jour de l’An, le billet de visite est une simple carte retournée sur laquelle le visiteur inscrivait son nom avant de la mettre dans la serrure quand il ne trouvait pas la personne qu’il venait voir. Dès la Régence, les cartes de visite autographiées cèdent progressivement le pas aux cartes de visite imprimées. Tout au long du 19e siècle, leur usage pour présenter des vœux est considéré comme une tradition de politesse à laquelle il n’est pas permis de renoncer.

Au début du 20e siècle, papetiers et graveurs s’ingénient pour créer des cartes plus intéressantes que la carte de visite banale. Ainsi les cartes postales illustrées et les cartes mignonettes commencent à leur être préférées. Parfois rehaussées de dorures au fer et de gaufrages, elles sont pour la plupart imprégnées de superstitions et foisonnent de représentations porte-bonheur telles que des trèfles, des fers à cheval et surtout le cochon de Saint-Antoine.

Carte-postale de vœux de Bonne Année – Marque du Domaine Public – Collection musée de Bretagne, Rennes. Le saviez-vous ? On octroie aux ramoneurs le pouvoir de chasser les mauvais sorts d’un simple coup de balais et porter treize boutons à sa veste comme eux est un symbole de chance. Le jour du Nouvel An ils se baladaient dans les rues avec des cochons, eux aussi porte-bonheur : les personnes payaient une petite somme en guise d’étrenne afin de tirer un poil du porc et de faire un vœu.

Alors, Messieurs-Dames ! Les petits chats, la montagne ou la Bretagne ?

La tradition des étrennes du Jour de l’an se perd un peu, pourtant cette coutume est bien ancrée et nous n’hésitons pas à ouvrir la porte aux pompiers ou à notre facteur pour leur donner quelques pièces contre leur calendrier ou leur almanach. L’almanach postal, dont vous trouverez plus de 1300 exemplaires dans les collections du Musée de Bretagne, se différencie du calendrier par la présence de renseignements variés et pratiques. Il voit le jour en 1762 à Paris et en 1849 une circulaire octroie sa distribution au profit des facteurs en guise d’étrennes. En 1854, François-Charles Oberthür (1818-1893), imprimeur lithographe et typographe à Rennes, sent le potentiel commercial des almanachs et publie un modèle sobre portant en vignette une gravure du palais du Parlement.

Il ne va cesser d’innover et d’améliorer l’almanach en complétant les renseignements pratiques par des informations locales qui caractérisent chaque département.

L’essor des ventes est tel que l’almanach mural est très vite diffusé dans tous les foyers. Il doit surtout sa réussite aux illustrations qui reflètent les courants artistiques en vogue, mais peuvent également véhiculer des informations sur les mœurs contemporaines.

Si la lithographie en noir et blanc ou en couleur va longtemps être le procédé privilégié pour l’illustration, les innovations techniques comme la photogravure vont ouvrir des possibilités nouvelles dans la production.

« Almanach des P.T.T. 1976 avec les Meilleurs Vœux de votre Préposé » – Licence CC-BY-NC-ND – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Nous terminerons cet article qui vous donne des pistes pour découvrir le Nouvel An dans les collections de Musée de Bretagne en vous invitant à vous connecter au portail de recherches des collections en partage, où vous pourrez découvrir et voir, tout au long de l’année, beaucoup de baisers, beaucoup de cailloux, des poches (si, si !), des vaches, des chevaux, des cochons, du lin et bien plus encore car, à n’en pas douter, votre curiosité pour la Bretagne y trouvera son Paradis !   

Carte-postale de Bonne Année, éditions Villard Quimper – Marque du Domaine Public – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Bloavez mad !

Bonne année !

Sophie Chmura.

Bibliographie : Oberthür Imprimeurs à Rennes, catalogue d’exposition de l’Écomusée du Pays de Rennes, Bain de Bretagne, Imprimerie Edicolor, 2015, 96 p.

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