Acquisition d’un ensemble d’autochromes

Le musée conserve actuellement 324 autochromes sur verre et support souple, dont la majorité a pu être attribuée précisément à un auteur (Gustave Gain, Marcel Fleureau, René Crétois, Georges Nitsch, Séraphin Fernand Martin …).

Les 22 plaques stéréoscopiques qui viennent d’être acquises sont hélas anonymes, mais en revanche parfaitement légendées et datées, puisqu’elles ont été réalisées entre le printemps et l’été 1915.

Elles s’inscrivent par leur thématique dans la pratique photographique propre à l’usage de l’autochrome : peu utilisé par les photographes professionnels, l’autochrome a essentiellement séduit les amateurs, membres de sociétés photographiques pour la plupart.

Ils pratiquent la photographie, et l’autochrome, comme un loisir, se plaisent à effectuer des excursions en groupe. L’autochrome coûte près de trois fois plus cher que les négatifs en noir et blanc et se trouve ainsi réservé à une classe aisée, bourgeoisie souvent érudite et friande de technologies nouvelles.

Belle-Ile-en-Mer, 1915 – Marque du domaine public – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Ces photographes amateurs séduits par l’innovation que représentent ces premières photographies couleurs, suivent les itinéraires balisés par les circuits et les guides touristiques à la recherche de la Bretagne authentique. Ainsi, à travers les différents fonds, ils parcourent quasi systématiquement le pays bigouden, Belle-Île, Concarneau, le Faouët…

L’autochrome conduit les photographes à rechercher des scènes aux teintes chaudes, ponctuées de couleurs vives et chatoyantes comme celles offertes par les broderies bigoudènes, en multiple déclinaison de jaune, d’orange ou de rouge.

Inversement, les nuances subtiles des effets atmosphériques du ciel et de la mer constituent des thèmes de prédilection, ainsi les bords de mer et les ports retiennent ils souvent leur attention. L’autochrome permet des jeux de lumière, des dégradées subtiles et délicats allant parfois jusqu’à une certaine dissolution des formes et même jusqu’au flou.

Belle-Ile-en-Mer, 1915 – Marque du domaine public – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Tous ces points communs ne font pas exception pour ces 22 autochromes, tant par les sujets traités que par l’expérimentation flagrante des potentialités esthétiques offertes par ce premier procédé photographique couleurs : paysages côtiers, soin particulier accordé à la flore, dégradé de ciel sont bien présents sur ces images.

L’usage relativement court à l’échelle de l’invention de la photographie, du procédé de l’autochrome, fait que les opportunités sont rares et concernent toujours de petite collection. Témoins d’une pratique photographique réservée à une classe sociale privilégiée, l’autochrome accompagne aussi le développement du tourisme, ici en pleine période de la Première Guerre mondiale ; la mention des lieux et dates sur les plaques stéréos positionnent aussi l’usage de la photographie comme marqueurs d’un parcours de vie, récit souvenir déjà bien implanté à cette période et que l’on retrouve pareillement à travers les albums de famille.  

Laurence Prod’homme.

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