La Bretagne dans la peau, un reportage photographique inédit

Contexte

Le musée de Bretagne a lancé en juin 2021 un reportage photographique sur le thème du tatouage en Bretagne.

Le projet se rattache tout d’abord à l’actualité d’une exposition temporaire, « Celtique? » se tenant du 18 mars au 4 décembre 2022 au musée de Bretagne, exposition consacrée au thème de l’héritage celtique en Bretagne. La culture celtique et l’univers imaginaire qui lui est lié ont généré un abondant vocabulaire artistique et décoratif, qui a pu trouver un aboutissement naturel dans l’art graphique du tatouage. Il peut également refléter la permanence de traditions anciennes aux rôles social, religieux ou mystique (tatouages attribués aux guerriers celtes, par ex). Motifs ornementaux ou mythologiques, illustrations d’épisodes et de personnages historiques, de contes et légendes… le panel est large des motifs symboliques de l’âge du Fer à ceux de l’Heroic Fantasy contemporaine. Longtemps marginalisés ou clandestins en Europe, les tatouages aujourd’hui sont de plus en plus surexposés, à mesure que les médias, la publicité ou la mode s’emparent de leurs codes.

La Bretagne dans la peau, Erik, Alain Amet, août 2021 – CC BY SA – Photothèque Musée de Bretagne, Rennes

Plus largement, il a été proposé de réaliser également des photographies de tatouages ayant trait à l’image et à la représentation de la Bretagne, afin de mieux documenter cette pratique contemporaine vis-à-vis du territoire régional, dont le renouveau est un phénomène désormais permanent et mondialisé. Affirmation identitaire, signe d’appartenance à une communauté, immortalisation d’un moment de vie, choix esthétique, le tatouage aujourd’hui comporte de nombreux visages : il est ainsi souhaité de s’intéresser particulièrement aux symboles bretons et aux références en lien avec le territoire, choisis comme motifs de tatouage. Que signifie de nos jours se faire tatouer la Bretagne sur la peau ?

Démarche

Pour les deux thématiques, il a été convenu de photographier les personnes tatouées et d’accompagner chaque image d’un court texte issu des paroles de ces personnes, permettant de contextualiser le tatouage (un tatouage = une histoire) : quand avez-vous souhaité vous faire tatouer ? pourquoi ou comment avez-vous choisi cette représentation ? que raconte-t-elle de vous aujourd’hui ?

La décision de se faire tatouer est rarement un geste sans profondeur. Qu’elle réponde à une pulsion individuelle ou qu’elle vise l’appartenance à un groupe humain, elle en dit toujours plus que l’image reproduite sur la peau. Les récits que les participants ont bien voulu partager avec nous et qui accompagnent les images sont souvent émouvants, d’une grande sincérité, ne laissent pas de marbre.

La Bretagne dans la peau, Laura, Alain Amet, août 2021 – CC BY SA – Photothèque Musée de Bretagne, Rennes

Si les valeurs ethnologiques ou anthropologiques du tatouage sont bien connues, ses significations sociologiques et psychologiques font l’objet de recherches plus récentes. Notamment en milieu urbain, le corps devient fréquemment un lieu d’affirmation de soi, tout en ne cessant d’accorder une large place au champ artistique. Le tatouage est en outre un important domaine d’échanges et d’émergence de styles syncrétiques.

Le reportage photographique a été réalisé par Alain Amet, photographe et responsable de l’iconothèque du musée de Bretagne, sur la base d’un échange ou d’une première rencontre avec les personnes intéressées. Il a été principalement réalisé en studio, ou ponctuellement dans le cadre choisi par la personne pour se faire photographier, intérieur ou extérieur, afin de situer le sujet dans son environnement propre. Le style d’image est fidèle à la photographie documentaire, en intégrant un aspect artistique, le tatouage s’y prêtant généralement aisément. Une ambiance intimiste dans la photographie est privilégiée pour mettre en valeur le tatouage, et garder suivant le choix ou non des modèles leur anonymat. Les photographies sont majoritairement monochromes, en noir-et-blanc, mais des clichés en couleur sont effectués quand ils semblent plus pertinents (tatouage coloré notamment). Une à deux images sont conservées par sujet sur environ quatre à cinq réalisées en moyenne.

La Bretagne dans la peau, Julien, Alain Amet, août 2021 – CC BY SA – Photothèque Musée de Bretagne, Rennes

Au vu d’un fort succès de l’appel à candidatures (plus de 1 000 réponses le premier week-end de lancement), une sélection d’environ 150 portraits a été arrêtée pour le reportage. Les candidats ont été choisis dès lors que leur(s) tatouage(s) se rattachaient aux thématiques évoquées, avec une vigilance sur les redondances possibles. L’anonymat était une possibilité pour chacun (la prise de vue pouvant tenir compte de ce souhait). Résider en Bretagne n’était pas une obligation pour participer au projet mais il convenait de pouvoir attester de liens particuliers avec le territoire (lien affectif avec la région…). Un équilibre a été recherché par le Musée de Bretagne en termes de représentativité (hommes/femmes, personnes d’âges différents, provenant de toute la Bretagne voire de l’extérieur du territoire, passionnés de tatouage ou novices…). Les tatoueurs spécialisés dans ce type de motifs ou ayant une expérience significative en la matière ont également été ciblés pour une participation (photographies dans le salon possibles, sources d’inspirations, modèles, esquisses…), les éventuels retours sont encore les bienvenus.

Perspectives et valorisation

Les clichés réalisés et leurs notices intègrent les reportages photographiques du musée (fonds documentaires) et sont à ce titre conservés au musée de Bretagne, utilisés potentiellement dans le cadre d’expositions temporaires, de publications ou d’utilisation dans le cadre des ressources numériques du musée (diffusion en ligne, portail des collections…).

Le reportage photographique constitué, pour son volet « motifs celtiques » accompagne l’exposition « Celtique? » du musée en 2022 (deux clichés sont présentés dans l’exposition ; publication progressive des photographies sur le portail des collections jusqu’à l’automne 2022). La proposition d’une exposition légère issue du reportage a été faite de manière inédite au Festival interceltique de Lorient pour l’édition 2022 (5-14 août).

Manon Six.

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