Les jeux des enfants de Simone Le Moigne : une acquisition de peinture naïve au Musée de Bretagne

Simone Le Moigne est née le 1er juin 1911 dans la ferme de Maogar, tenue par ses parents, sur la commune de Glomel (Côtes d’Armor). Originaire d’un milieu rural modeste, rien ne la destine à la peinture, qu’elle découvre à l’âge de 58 ans, après une vie assez laborieuse.

Une fois obtenu son certificat d’études, elle arrête l’école et seconde ses parents à la ferme. En 1935, elle épouse Guillaume Le Bris, sabotier, le couple habite à Kerchelin près de Saint-Lubin (Côtes d’Armor ) dans une hutte de sabotier. Elle s’initie au métier, creuse les sabots, et surtout les décore. Elle travaille tour à tour aux côtés de son époux, le couple est employé à la tâche en Beauce, selon les saisons, à la récolte des betteraves ou aux moissons. Dans les années 1950, elle travaille comme cuisinière à Paris dans une maison bourgeoise.

Au cours des années 1960, elle découvre la peinture, peint en cachette sur des chutes de bois, utilise à cette période uniquement ses doigts, avant d’utiliser papier et pinceaux. Totalement autodidacte, elle se lance à corps perdu dans la peinture, sa production est considérable (plus de 1500 toiles) et inspirée essentiellement par ses souvenirs d’enfance ou ceux de ses parents.

Les petits bateaux en papier, Simone Le Moigne, 1980 – © ADAGP, Paris, 2022 – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Les années 1960 sont difficiles, emplois incertains, séparation, problèmes de santé… Simone Le Moigne rejoint son fils à Nantes au début des années 1970 et expose à partir de 1972 dans la galerie Michel Columb à Nantes, lieu dans lequel se retrouvent de nombreux artistes nantais. Elle se lance dans de grands formats et découvre la peinture à l’huile.

Installée à Saint-Herblain à partir de 1975, dans un environnement dans lequel elle se sent bien, c’est durant cette période qu’elle ne cesse de peindre et réalise la plus grande partie de son œuvre. A partir de cette date et jusqu’à son décès en 2001, Simone Le Moigne ne cesse d’exposer : galeries, salons, musées lui ouvrent leurs portes, en France et à l’étranger ; les musées de Laval et Nantes acquièrent ses œuvres. En 2004, le musée d’art naïf de Vicq lui consacre une exposition personnelle.

Sa peinture s’articule autour de grands sujets qui tous s’inspirent de son enfance en milieu rural : paysages, scènes de travaux agricoles, scènes de la vie domestique, fêtes, évènements civils ou religieux (pardon, mariage, communions), etc. Le thème des jeux est abordé très tôt par Simone Le Moigne, mais durant l’hiver 1980 elle décide de se lancer dans un travail spécifique autour de ce sujet et s’y consacre durant plusieurs mois jusqu’au printemps 1981. C’est ainsi que naissent soixante petits tableaux, chacun évoquant une activité ludique particulière : jeux, jouets fabriqués avec les moyens du bord, activités liées à la nature et au paysage (cache-cache, course en sacs, balançoire improvisée, sauts…) se trouvent ainsi répertoriés de façon assez systématique. Ce travail donnera lieu à une publication dans laquelle elle associera également à chacun des tableaux une chanson en lien avec la scène représentée. Au cœur d’un paysage toujours bucolique et très coloré prennent place ces petites scénettes animées de quelques enfants plongés dans leurs jeux. C’est cet ensemble qui fait désormais partie des collections du Musée de Bretagne.

La balançoire, Simone Le Moigne, 1980 – © ADAGP, Paris, 2022 – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Très décorative, fourmillant de détails figuratifs, sa peinture accorde une large place à l’évocation de la nature : arbres, fleurs, animaux sont très présents et composent des paysages aux perspectives osées et peu réalistes comme c’est souvent le cas chez les peintres naïfs autodidactes.

Le lancer de poids, Simone Le Moigne, 1980 – © ADAGP, Paris, 2022 – Collection Musée de Bretagne, Rennes

Simone Le Moigne est l’exemple même de l’artiste autodidacte, qui découvre tardivement la peinture et s’inspire de sa propre histoire, du vécu de sa famille, de son village. Issue d’un milieu modeste, elle a choisi de peindre le quotidien de sa jeunesse, auréolé d’une certaine poésie, magnifiant paysages et activités liées à ce territoire gravé dans sa mémoire.

Laurence Prod’homme.

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