La Bretagne en fête(s)

Comme l’écrit l’homme de lettres Charles Le Goffic (1863-1932) à propos des fêtes populaires, quelle « admirable matière, mais si vaste ! » Comme lui, nous ne pouvons qu’effleurer le sujet et choisir parmi les collections du Musée de Bretagne les documents qui évoquent le mieux certains de ces moments intenses et agréables de rassemblement.

La Bretagne en fête, programme illustré par L . Dubreil, 1937 – Marque du Domaine Public – Collection du Musée de Bretagne, Rennes

Les fêtes : des habitudes sociales et essentielles de la vie

Le mot fête a plusieurs définitions : il peut s’agir d’une solennité religieuse, d’une cérémonie commémorative, d’une réjouissance publique, d’une foire, d’une kermesse, d’un jour consacré à la mémoire d’un saint considéré comme le patron d’un territoire, d’un groupe, d’une profession ou dont une personne a reçu le nom. Il peut aussi tout simplement s’agir d’un moment de plaisir. Si nous prenons en compte cette dernière explication, nous pouvons considérer la veillée comme la forme la plus ancienne de fête en Bretagne. Elle a normalement lieu dans une pièce fermée où les membres d’une famille ou d’une communauté sont rassemblés de manière conviviale, pour boire et effectuer des travaux domestiques en écoutant contes, légendes, histoires drôles, gwerzioù ou musique. La veillée est un moment qui permet d’entretenir le lien social, la solidarité entre les habitants.

Veillée bretonne, carte postale éditée par Armand Waron (1868-1956) – Marque du Domaine Public – Collection musée de Bretagne, Rennes

Jusqu’au début du 20e siècle, festoù deiz/fêtes de jour et festoù noz/fêtes de nuit, rythment la vie communautaire rurale. Ces fêtes se déroulent à la fin de travaux agricoles collectifs comme les moissons et les battages, et servent autant de remerciement aux différents intervenants de ces labeurs, qu’à la liesse populaire et à l’unité de la communauté. Les festoù noz du feu de la Saint-Jean ont intéressé des auteurs de guides et de récits de voyage du 19ème siècle, fascinés par « le spectacle d’une bande joyeuse et insouciante dansant autour de ce foyer improvisé [qui] produit quelque chose de bizarre et de fantastique qui frappe et émeut lorsqu’on assiste pour la première fois à cette étrange cérémonie ».

« Le feu de la Saint-Jean en Bretagne » à la une du Petit Journal du 1er juillet 1893 – Marque du Domaine Public – Collection du Musée de Bretagne, Rennes

Il est de coutume de dire que les réjouissances organisées aux solstices ont conservé quelques traces d’idolâtrie, d’ailleurs selon la légende, le brasier sacré du solstice d’été préserve de l’avel fall/mauvais air et de la maladie. Mais il y a en Bretagne d’autres fêtes qui appartiennent exclusivement au christianisme comme les pardons et les fêtes patronales qui s’avèrent être d’heureuses occasions de divertissement.

Renneuveux fête des boudins/Fest ar goadegennon, carte postale éditée par Alphonse David (1860-1919) de Vannes, vers 1900. Le jour de l’Épiphanie, fête chrétienne qui célèbre le Messie qui reçoit la visite et l’hommage des trois Rois mages, nombre de paysans de Basse-Bretagne faisaient le choix d’abattre un cochon (Fest an hoc’h), opportunité de réjouissances et de festins. Des boudins étaient offerts en offrande à saint Antoine – Marque du Domaine Public – Collection du Musée de Bretagne, Rennes

Si les pèlerins viennent avant tout pour faire pénitence ou demander à un saint d’intercéder pour eux pour les soulager de maux domestiques et commerciaux, il ne faut pas oublier que les pardons sont également des retrouvailles joyeuses pour de nombreux parents et amis.

Jour de pardon, photographie prise par Gaston Maury (1874-1935) entre 1901 et 1907 – Marque du Domaine Public – Collection du Musée de Bretagne, Rennes

Dynamique et évolution des traditions festives

Au tournant du 19e siècle, le développement du tourisme et l’apparition des premiers mouvements régionalistes qui organisent des événements culturels dans le but de faire revivre les traditions populaires, engendrent les premiers grands rassemblements folkloriques mettant en valeur les costumes, les danses et la musique de Bretagne. Certaines de ces fêtes jouent toujours un rôle non négligeable dans les économies locales !

Les foires et les concours agricoles qui étaient déjà des rendez-vous coutumiers rassemblant une foule hétéroclite venue non seulement pour négocier, mais également pour prendre du bon temps, s’avèrent alors de parfaites vitrines de la culture festive bretonne.

Fête bretonne, affiche pour le concours agricole de 1906 imprimée chez Oberthür à Rennes – Marque du Domaine Public – Collection du Musée de Bretagne, Rennes

En 1905 sont lancées le pardon des fleurs d’ajonc à Pont-Aven et la fête des Filets bleus à Concarneau. La première a été créée pour récupérer de l’argent pour les plus pauvres et la seconde dans le but de recueillir des fonds pour aider les employés des conserveries touchés par la crise de la pêche. Dans les deux cas, défilés en costumes au son des binious et des bombardes proposent à voir aux touristes une culture pittoresque.

Le développement des fêtes folkloriques a pour corollaire la création de groupes organisés de danseurs et de musiciens. Mais il faut attendre l’entre-deux-guerres pour voir les premiers cercles celtiques apparaître institutionnellement sous l’influence des Bretons de Paris qui organisent régulièrement des fêtes et des bals sur les bords de la Seine. Ce sont d’ailleurs eux qui sont à l’origine en 1932 de la Kenvreuriezh ar viniouerien (K.A.V.)/ Confrérie des sonneurs de biniou, considérée comme l’ancêtre des bagadoù/fanfares bretonnes traditionnelles.

C’est à partir des années 1950, toujours dans un souci de promotion du patrimoine breton, qu’apparaissent les festivals. L’un des premiers à marquer les esprits est celui de Kertalg en 1973, inspiré du festival de Woodstock qui avait eu lieu aux États-Unis quelques temps plus tôt. De nos jours, le plus connu est le Festival interceltique de Lorient qui s’est imposé comme concours et Championnat de Bretagne des Bagadoù.

En 1954, à Poullaouen, le chanteur Loeiz Ropars (1921-2007) organise le premier concours de kan ha diskan/chant et contre-chant, afin de former des couples de chanteurs susceptibles de mener des danses chantées dans le cadre des festoù-noz. En effet, alors que les fêtes folkloriques se développent, le fest-noz est menacé de disparition par le développement des bals en salle animés par les joueurs d’accordéon ou par de petites formations. En 1958, pour séduire un public jeune et citadin, Ropars propose la formule du bal breton que les Fêtes de Cornouaille à Quimper intègrent en 1964.

Quimper bal breton, photographie prise en 1959. Au centre, portant une chemise blanche, Jean-Yves Veillard – Licence CC-BY-NC-ND – Collection du Musée de Bretagne, Rennes

Lieu de rencontres et de convivialité, les festoù-noz sont aujourd’hui organisés à travers toute la Bretagne et même au-delà. Depuis le 5 décembre 2012, ils sont inscrits sur la liste représentative de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

Autre évolution, depuis 1997, la période d’une des principales fêtes bretonnes, le pardon de Saint-Yves/Gouel Erwan ou Fest’Yves, est devenue celle de la Fête de la Bretagne sous l’impulsion de l’Agence culturelle bretonne de Loire-Atlantique. Elle s’exporte aujourd’hui en dehors des frontières de la région pour valoriser son patrimoine, ses langues et ses singularités.

Fête de la Bretagne Gouel Breizh, affiche 2010 – Licence CC-BY-NC-ND – Collection du Musée de Bretagne, Rennes

Pour résumer : qui dit fête, dit vie collective ; qui dit esprit festif, dit solidarité et esprit associatif. D’ailleurs, aujourd’hui nombres de fêtes bretonnes se perpétuent grâce au bénévolat et au plaisir de se retrouver pour danser, chanter, perpétuer les traditions et les faire aussi évoluer. Impossible de comptabiliser de manière exhaustive toutes les festivités de Bretagne, car chaque clocher, chaque communauté a ses propres moments de plaisir et de joie. En fait, chaque fête témoigne de l’histoire et de la culture d’un bout de territoire !

Sophie Chmura.

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