« Ma chevelure est un trésor… « 

« Ma chevelure est un trésor, m’assure t’on, je n’eus pas d’autres parure, je ne veux pas la vendre, non, non ! »

Extrait du refrain d’une chanson intitulée « Le marchand de cheveux » collectée à Talensac et variante  d’un texte publié vers 1870 « Veux-tu me vendre tes cheveux ?« 

Qui se souvient encore des coupeurs de cheveux dont l’activité fut florissante durant près de deux siècles, puisqu’elle se pratiquait encore avant 1914.  Il s’agissait d’une économie très organisée, le coupeur étant le plus souvent un colporteur, mais parfois un artisan du village, qui remettait le fruit de la coupe à un courtier en cheveux, qui lui-même revendait par kilos les cheveux collectés à un marchand en gros.

Le marchand de cheveux, photographie de Paul Gruyer, Quintin, vers 1905 – Marque du domaine public – Collection Musée de Bretagne, Rennes

La Normandie, l’Auvergne et la Bretagne sont réputées être les trois régions qui fournissaient le plus de cheveux, cheveux de femmes, voire cheveux d’enfants évidemment ! Les plus beaux venaient, dit-on, de Bretagne, mais ils étaient aussi les moins soignés… Encore appelés les cheveux de la faim, ils étaient la conséquence  d’une relative ou d’une grande pauvreté : échangés au mieux contre des coupons de tissus, colifichets, ou  pièces de monnaies, leur vente servait aussi pour certaines à nourrir la famille.

Le coupeur de cheveux, Charles Géniaux, Morbihan, vers 1902-1905 – Marque du domaine public – Collection Musée de Bretagne, Rennes. Une femme a les cheveux dénoués, elle s’apprête à vendre sa chevelure en échange d’une étoffe.

Contrairement à ce que suggère la photographie, la coupe avait lieu le plus souvent à l’abri des regards et ne se faisait pas sans négociations, car la honte habitait la fille aux cheveux coupés, qui vite remettait sa coiffe et s’éclipsait discrètement en essuyant le mépris des passants. Francisque Habasque  étudiant l’économie des Côtes-du-Nord dans les années 1830, constate que si le commerce des cheveux « sent un peu la barbarie » il ne manque pas non plus d’avantages et « procure aux femmes qui se défont de leurs cheveux, l’avantage de tenir facilement leur tête propre, et puis si chacun gardait sa chevelure, comment se procurerait-on des tours, des perruques et surtout de faux toupets ? » on se le demande…

Laurence Prod’homme.

Extrait de Objets de l’histoire, mémoires de Bretagne, Les collections du musée de Bretagne, éditions Ouest-France, Rennes, 2011.

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